LE LUTIN N'EST PAS INVITÉ

Ma face ici. C'est rare! Moment doux avec petit Paul, au réveillon de Noël chez ma maman, l'an passé.

Ma face ici. C'est rare! Moment doux avec petit Paul, au réveillon de Noël chez ma maman, l'an passé.

Je suis contente que notre quête de simplicité se soit installée chez nous avant l'arrivée des petits. Elle aide beaucoup par rapport au temps des fêtes moderne et toute sa frénésie. Toute sa performance et son spectacle.

Petite, je me rappelle très bien des décorations de Noël qui revenaient année après année. J'aimais particulièrement les décorations du sapin de Noël chez mes grands-parents paternels. Ils avaient de vieilles décorations et elles étaient vraiment spéciales à mes yeux. Je me rappelle encore de l'excitation de préparer de petits canapés, ma soeur et moi. C'était NOTRE responsabilité. Je me rappelle de la fondue chinoise qu'on mangeait chaque année. Sans. Exception. On était tellement contente. Pour nous, manger de la fondue, c'était de la haute gastronomie et c'était vraiment spécial. Je me rappelle de quelques cadeaux qui ont marqué mon enfance de longues années : ma boutchoux, un baladeur (cassette, bien sûr), un piano électronique. Pas tous en même temps. Ils étaient marquants, ils étaient fortement désirés. Et mes parents ont probablement dû en arracher pour nous les offrir.

Je me rappelle de la chorale de l'église pour laquelle j'avais été choisie et dont j'étais si fière de faire partie même si on n'allait jamais à l'église. Je me rappelle qu'on faisait généralement des réveillons juste à 4, et qu'on allait dans quelques soirées de famille. Que j'aimais m'endormir dans la pile de manteaux sur le lit de ma grand-mère maternelle, sur sa couverture à motif rond-dedans-carré-deux tons-de-vert. En écoutant le bruit des joueurs de cartes dans la pièce d'à côté.

Il n'y avait pas de spectacle, pas de performance.

À peu près les mêmes choses plutôt simples, chaque année. Des soirées en famille. Des jeux dans la neige. Une fois, un chalet. 

C'était parfait.

Quand je pense à aujourd'hui, je me questionne sur les attentes qu'on crée chez nos enfants face à cette abondance. Le calendrier de l'avent rempli de surprises quotidiennes. Un lutin, qui chaque matin, surprend les enfants de concepts plus recherchés les uns que les autres. Le tas de cadeaux sous le sapin, sous TOUS les sapins, à chaque soirée ou presque durant le temps des fêtes. Il paraît que les Canadiens dépenseront environ 1000 $ en cadeaux cette année. Ok, ok, tout cet argent n'est pas destiné aux cadeaux des enfants, mais je ne peux m'empêcher de lever le sourcil.

Bon je ne veux pas parler encore de cadeaux ici, mais bien de pourquoi j'essaie d'instaurer des traditions familiales tout en restant très simple.

Dans ma tête, bricoler des décorations de Noël en pâte de sel, en cocottes ou en carton, des biscuits et des couronnes, chanter des chants de Noël, faire le sapin, sont des traditions hyper simple, peu engageantes et mobiles dans le temps - donc peu contraignantes.

Le lutin m'apparaît comme quelque chose d'insurmontable, au quotidien, tout le temps. Ça ne me tente tellement pas! Et comment tu fais pour arrêter, une fois que tu as commencé?

J'admire la motivation de ceux qui embarquent à pieds joints et qui en retirent un grand plaisir (je l'admire, mais je ne l'envie pas). J'ai un malaise à véhiculer des idées de mauvais coups. Cette citation de Marianne Prairie sur le sujet résume tout à fait ma pensée : 

J’avoue me tenir loin de ces taquins à tuques. Je suis une paresseuse qui voit la planification, l’exécution et le ramassage de tours pendables comme des tâches supplémentaires. Feindre la surprise pour faire « vivre » une poupée au nez retroussé me plonge dans un profond malaise. Alors m’y mettre, à tous les jours, pendant près d’un mois, bof.

Je ne me doute pas une seule seconde que les parents qui ont choisi de faire cela le font en riant et rigolant et en grosse partie pour eux. J'espère, en tout cas, que c'est la majorité qui le font par pur plaisir. Que les parents ne se sentent pas obligé, qu'ils ne ressentent pas de pression à embarquer dans cette nouvelle façon de vivre le mois de décembre de peur de décevoir ou de laisser tomber leur progéniture.

Alors, non, je n'ai pas l'intention d'embarquer dans les folies des lutins. C'est trop de travail, et je n'aime pas les mauvais coups. Je pourrais faire des trucs tournés vers les autres, mais dans ce cas, je n'ai pas besoin d'une poupée que je trouve moche (elle me fait peur, en fait), on peut piger des idées à même un pot Mason.

Déjà que j'ai un gros malaise avec le Père Noël autre que dans des livres d'histoire, j'ai vraiment pas envie. Et du haut de ses presque 4 ans, Henri a bien compris que, dans certaines maisons, il y a des lutins et qu'il n'y en a pas chez nous. Les choses sont différentes d'une maison à l'autre, comme pour tout dans la vie. C'est drôle, il ne se sent pas exclu, me parle de ce qu'il a hâte de faire et voir durant le temps des fêtes avec excitation, sans jamais abordé l'idée du lutin. S'il voit un lutin, il dit "Oh, un lutin maman" et passe à autre chose. Comme de parler du ciel bleu ou de l'autobus qui vient de passer devant la maison.

Pis j'ai été plate. Je lui ai dit que, comme pour les personnages de Pat'Patrouille et le Père Noël, c'était une super belle histoire inventée pour s'amuser et rêvasser. Sans plus.

Call me the Grinch.

Elisabeth Simard