Elisabeth Simard

View Original

TSUNAMI ET DÉTACHEMENT

Ma job, ce n'est pas d'arrêter l'émotion de mon enfant, aussi inconfortable qu'elle puisse être.

Souvent, on essaie de faire cesser les pleurs, les craintes et toutes les émotions difficiles de nos enfants le plus rapidement possible. On se dit peut-être que c'est pour son bien, pour qu'il se sente mieux le plus vite possible. Les intentions sont - souvent - très honorables.

Si on se permet de creuser un peu, on réalise que les émotions des autres, celles de nos enfants entre autres, ne nous appartiennent pas et qu'il n'est pas de notre ressort de les faire se transformer le plus rapidement possible en quelque chose de "positif". Si on se permet cette exploration, parfois on réalise qu'au final, nous sommes très inconfortables face à ces grandes émotions. Elles éveillent en nous de grands inconforts, liés à des vécus et des idées qui nous sont propres.

En laissant vivre la vague émotionnelle de notre enfant au complet, en présence, en accueille (et parfois, ça se peut que ça passe par un moment où chacun respire de son côté, si l'enfant est assez grand et que son cerveau a acquis une certaine capacité émotionnelle pour le faire, et cela n'arrive pas avant la fin de la petite enfance), cette vague le traverse et le QUITTE plutôt que de demeurer dans ses cellules et ressortir en des comportements plus difficiles, d'autres bourrasques émotionnelles ou de la réactivité, à l'âge adulte.

D’où vient cet inconfort ?

L'inconfort qui me vient, parfois, lors de grands pleurs de mes enfants ne provient PAS de mon enfant. Ses émotions, elles ne sont pas miennes. Ce que ça génère en moi provient de ce que MOI j'ai eu comme espace pour vivre, accueillir, comprendre et laisser passer mes propres vagues émotionnelles lorsque mon cerveau à moi était en plein développement à ce niveau (on dit qu'on atteint pleine maturité autour de 25 ans), pour les transmuter, les transcender, les vivre et les laisser me quitter. La science est si pertinente à ce point de vue maintenant, et m'a grandement aidé à comprendre, décortiquer et DÉCONSTRUIRE ces étiquettes qui m'ont été attribuées longtemps de fille "trop émotive", "trop sensible", "qui pleure encore".18 min

Cette négativité (qui n'était pas mal intentionnée!) c'est imprégnée en moi très jeune et a beaucoup joué sur mon paysage émotionnel personnel, mon sentiment d'impertinence, comme s'il y avait "something wrong with me".

Ben non.

En tant que parent, mon rôle est d'accueillir les vagues émotionnelles de mes enfants et de ne pas les faire mienne. De ne pas joindre le chaos qui habite mon enfant à ce moment précis. D'être son rocher, son phare. C'est ce que j'entends par détachement, tout en créant un lien d'attachement fort avec mon enfant (connexion!) et non pas avec ses émotions.

Bon lundi, chère communauté!