Elisabeth Simard

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LE PARTAGE, C’EST OVERRATTÉ

« Là, tu partages, han! »

« Regarde, l’ami le veut. Sois gentille, partage »

« Hey! On partage, c’est important! »

Ces phrases automatiques associées au partage, elles sont partout. Je le sais bien, on veut tous bien faire. On veut que notre enfant apprenne à partager, sinon il n’aura pas d’ami, ne sera pas considéré gentil, généreux. On se dit peut-être qu’on sera jugé aussi, si notre enfant ne partage pas au parc ou pendant une playdate. On projette la futur personnalité de notre enfant, à travers peut-être un moment où on se sent embarrassé devant un tout-petit qui refuse de partager.


Ici, juste ici, on vit dans le futur, dans la peur que notre enfant ne soit pas assez. Notre tout-petit n’a pas encore cette capacité à partager. Il vit dans le moment présent, totalement ancré dans ce qu’il vit, ici maintenant. Et pourtant, dans notre société, ce message est véhiculé fortement, endoctriné dans la tête de nos petits depuis qu’ils sont bébés.

Le partage “forcé” ou imposé, ça envoie le message contraire aux enfants. On leur exige de ne pas écouter leur plaisir et leur intérêt du moment, de taire la tristesse ou le ressentiment qui montent en eux au moment où ils donnent le précieux jouet à l’autre ami, sans avoir été consulté auparavant. Il n’y a pas de place pour ressentir la joie qui vient avec un réel partage, cette empathie qui nous réchauffe le coeur. À la place, de la frustration, du ressentiment, de la colère, des émotions fortes qui emportent le tout-petit comme une vague et souvent, il n’y a personne pour l’attraper de l’autre côté de cette vague. « Voyons, ne pleure pas, c’est important de partager ».


Really ?

Pour que nos enfants partagent, ils ont besoin de le voir ET de le vivre au quotidien. Ils ont besoin de modèle (nous) ET de guidance de notre part. Je vous invite à prendre conscience de ce à quoi ressemble le partage dans votre vie quotidienne, comment est-ce que vous l’incarnez personnellement. Car oui, tout part de nous. Pas besoin de se sentir coupable, car c’est là qu’est notre pouvoir! Quand ça part de nous, c’est qu’on peut influencer et faire changer le cours des choses sans imposition, sans menace, sans condition.

Comment ?

On valide. Ce n’est pas  facile de voir l’autre jouer avec ce avec quoi on joue déjà. Oui, c’est difficile pour de vrai. On valide. Colère, tristesse, peur, tout cela a le droit d’ÊTRE.

On modélise. Notre enfant aimerait manger notre part de notre repas ou utiliser nos vêtements pour se déguiser ? On peut alors lui faire ressentir les effets du partage et de la générosité dans son coeur : « Je vois que tu as envie de manger ma portion de spaghetti. Viens, je le partage avec toi, ça me fait plaisir. »

On décrit ce qui est en train de se passer, et on guide dans l’apprentissage de la résolution de conflit « Mmmm, je vois deux garçons qui veulent jouer avec les mêmes animaux. Ça ce n’est pas facile, han! Qu’est-ce qu’on fait dans ce temps-là, vous avez des idées ? »

On modélise aussi les difficultés que l’autre vit en attendant son tour et on invite - sans imposer - l’empathie de l’autre à émerger « Ce n’est pas facile attendre son tour. Est-ce que ça te rassurerait que Paul te dise quand il aura terminé avec le jouet et que ce sera ton tour ? »

Selon leur niveau d’habitude dans la résolution de conflit, on guide, et on les laisse choisir la solution. On souligne leurs bons coups.

Lentement, les enfants ressentiront de l’empathie pour l’autre et développeront leur muscle de la résolution de conflit. Pour ce faire, ils doivent d’abord ressentir cette empathie et acceptation qu’on a envers eux, coute que coute. Et ils ont besoin de notre guidance pour apprendre les différentes façons de résolution de conflits, puis de notre présence (pas nos réponses à tout!) pendant qu’ils se pratiquent, jour après jour. Patience, amour inconditionnel, confiance.

Pour plus de soutien dans l’apprentissage du vivre ensemble au sein de la fratrie (ou des autres amis!), mon programme Fratrie en harmonie est pratique, concret et applicable pour soutenir nos tout-petits dans le développement de leur empathie et respect de soi et de l’autre.